Discussions Politiques

Réflexions sur les Smart Cities

Dans sa leçon au collège de France du 28 mars 1973[1], Foucault explique que  » tout agent du pouvoir va désormais être en même temps un agent de constitution de savoir « . Il montre ainsi avec une grande prémonition les dangers structurels des Smart Cities : un espace géographique où les personnes sont réifiées et deviennent par elles-mêmes une source de données.

Introduction : les promesses marketing des smart cities

La définition même des Smart Cities prouve que les promesses qu’elles font sont considérables : Manon Brill[2]parle « d’espaces urbains qui utilisent les données issues de capteurs ainsi que les nouvelles technologies, pour mieux consommer leurs ressources, faire des économies d’énergie, répondre plus efficacement à nos besoins, renforcer la sécurité et mieux gérer leur territoire à court terme ». 

Les arguments des villes qui transitionnent sont absolument fantastiques, ainsi la ville d’Amsterdam se présente comme un « laboratoire urbain vivant»[3]qui « permet aux entreprises à la fois de tester et de présenter des produits et services innovants. Ce partenariat crée une infrastructure propice à l’échange de connaissances et à l’apprentissage entre tout ces acteurs et se traduit par des projets concrets axés sur les énergies durables, les solutions innovantes dans la santé, des transports plus efficaces et une participation citoyenne (numérique) accrue »[4].

Les termes marketing pullulent dans l’argumentaire de la Smart Cities : il est fait mention de « synergie sociotechnique»[5] , « d’attirer le capital humain dans le cadre de collaboration », de « créer une idéal typique de la gouvernance des villes intelligentes », définit comme «  les villes intelligentes sont des villes qui utilisent les technologies intelligentes (angle technologique), qui utilisent du personnel intelligent (angle ressources humaines) et des villes dotées de collaborations intelligentes (angle gouvernance )»[6] . Il convient donc de s’interroger, si les méthodes de la Smart Cities sont si innovantes, et intelligentes, a contrario, que faut-il penser des méthodes traditionnelles de l’urbanisation ? Qu’elles sont de facto imbéciles et archaïques ? Qu’elles devraient forcément s’effacer devant cet impératif de technologie sans même les questionner ?

Il semble bien que oui, et si jamais vient l’envie à un « extravagant » de se questionner, il aura pour lui répondre l’argumentaire bien ficelé de Luc Bellot, député de Maine et Loire, à qui le premier ministre de l’époque demande un rapport sur l’avenir de la Smart City[7]. Dans ce rapport de 130 pages, quasiment rien n’est évoqué sur les menaces que représentent la Smart City sur les libertés individuelles, mais au contraire le premier argument de l’étude détaille « la chance » qu’est la Smart City « pour les territoires et leurs habitants », quelle « opportunité économique », comment les Smart Cities vont « redéfinir les contours du Service Public », et surtout à quel point c’est un facteur « d’optimisation » économique « pour absorber les pics de demande sans surproduire », et qu’en outre «  les outils numériques peuvent permettre d’utiliser des méthodes incitatives pour les comportements individuels ».

Si ce même « extravagant » n’est toujours pas convaincu, il aura le loisir d’apprécier ce qui est « smart » et ce qui n’est « pas smart »[8], de la même façon que le film Le Pari, de Bourdon et Campan explique le « bien » et « pas bien » pour arrêter de fumer.

Ce tableau vient d’une étude empirique pour savoir si les villes doivent ou non se présenter comme des Smart Cities et entreprendre une transition vers cette modernité tant fantasmée. Cette dernière y répond donc par l’affirmatif, et promeut un modèle de « ville-marque », c’est-à-dire que la ville doit se présenter et se réformer pour être (et être vue) de la même façon qu’une marque d’une enseigne de la distribution. « Les résultats montrent que les villes ont intérêt à communiquer sur une innovation concrète et proche des citoyens pour développer leur image de smart city. À l’inverse, communiquer sur une innovation conceptuelle et future ne permet pas d’être « smart »»  [9]. C’est ici un paradoxe : les smart cities entrainent une gentrification technologique et donc l’exclusion d’une partie de la population.

« Smart ou pas smart », « moderne ou pas moderne », « bien ou pas bien », jusqu’où va cette simplification ? 

Dans ces promesses marketing bien établies, il y a une dichotomie : soit l’individu accepte la modernité, profite de la Smart City, ou alors il est défini comme réactionnaire, contre le progrès. Il n’y a aucune place prévue pour les zones d’ombre ou de questionnement, aucune réflexion sur le versant politique de ces questions, aucun espace pour un examen structurel du problème.

C’est là l’objet de cette section : quelle analyse structurelle pour les Smart Cities ?  

Il faut donc questionner les intérêts politiques et économiques de ces nouvelles villes et l’influence que ces derniers ont sur notre consentement (I) et ainsi comprendre les dynamiques structurelles sous-jacentes (II).

I-        UNE ALIÉNATION POPULAIRE ORCHESTRÉE PAR LES ÉTATS ET LES ENTREPRISES

Sans tomber dans un versant conspirationniste, il est nécessaire de reconnaitre qu’autant les États (A) que les entreprises (B) ont des intérêts colossaux dans les Smart Cities.

A-  QUELS INTÉRÊTS POUR LES ETATS ?

Quels sont les intérêts de l’État à promouvoir le modèle de la Smart City ? Il y a deux dynamiques différentes entre l’appareil gouvernemental centralisé, et les administrations locales.

POUR L’APPAREIL GOUVERNEMENTAL CENTRALISÉ : ENTRE CONTRÔLE DE LA POPULATION ET ÉCONOMIES

De Hobbes[10]à Fréderic Gros[11], de nombreux philosophes s’interrogent sur la place de l’État dans la société, et sa tendance grandissante au contrôle de sa population. Il y a un peu moins de 50 ans, Foucault [12]avait déjà imaginé le tournant liberticide de l’État et sa soif d’information toujours plus importante, sa prophétie s’est vu être tristement réalisée. 

Sans vouloir reprendre l’historique fastidieux du fichage en France, il est nécessaire de rappeler que cette pratique à commencer en 1894[13], quand Bertillon profile les photos d’une partie de la population : les criminels, les aliénés, les militants de la Commune. Puis c’est une escalade, jusqu’à Vichy, en Octobre 1940 qui rend obligatoire la carte d’identité pour tous les français. Le fichage per secommence en 1974 avec la tentative avortée du fichier Safari qui répertorie les individus, puis on assiste à la création exponentielle de fichiers de police et de renseignement (34 en 2006, 70 en 2011 et au moins 600 en 2018[14]).

Mondialement, la décennie 2010 a donné raison à la méfiance envers l’État : des révélations des lanceurs d’alerte comme Snowden, au crédit social en Chine, les Etats ont rapidement et surement dérivés vers une logique liberticide et sécuritaire.

De ce fait, comment ne pas voir les Smart Cities comme un outil entrant dans cette dynamique de contrôle des États ? Les technologies développées se basent sur la récolte de data, sur le « tracking » des moindres gestes des utilisateurs, de la consommation d’électricité à la géolocalisation permanente, ou à la reconnaissance faciale suivie dans les villes. Il n’y a qu’à prendre comme exemple la multiplication des initiatives gouvernementales liberticides qu’il y a eu pendant la crise du coronavirus. La méfiance envers ces initiatives devrait donc être plus importante de la part de la population. 

Pourtant, quand l’UNESCO établie un guide sur les Smart Cities[15]et qu’elle mentionne ces menaces et dérives, elle demande que la population face « acte de foi ». Par cette formule, il faut bien comprendre « confiance aveugle », et si jamais la population avait des doutes, le guide convoque les avis des multinationales (Cisco, le géant des Smart Cities), ainsi que d’experts (Jacques Attali, fondateur de la BERD, ayant encore à ce jour un cabinet de conseil international spécialisé dans le conseil stratégique, l’ingénierie financière dont les nouvelles technologies et les DATA[16]). Attali comme Cisco se mettent d’accord pour être « optimistes » quant à l’utilisation des DATA par les parties prenantes, et se félicitent des avantages accrus de la Smart City pour les citoyens « dans la santé publique » et la productivité. Pourtant, rien n’est indiqué dans la publication de l’UNESCO sur les autres activités de leur experts interviewés, et rien n’est mentionné sur le fait que leurs avis peuvent être biaisées par leurs activités annexes. Au contraire, tout est fait dans l’intérêt de la population, afin de « l’aider » et « d’améliorer sa productivité ».

Les Smart Cities représentent une normalisation (par ces discours « d’experts ») des surveillances généralisées, qui rentrent dans le paradigme préexistant d’un État sécuritaire, et cela, sans aucun moyen de pression populaire. Que ce soit par le marketing, la publicité, ou les discours politiques, la nouvelle technologie est toujours représentée comme bienveillante et inoffensive. Les questions éthiques sont souvent balayées, alors que les biais de représentations positives sont renforcés, et en cela il y a une normalisation et une banalisation de la technologie vu comme « sans danger », dont les smart cities font partie. 

De plus, la privatisation des secteurs connexes aux Smart Cities permet des économies : de manière sectorielle, le recours à des entreprises privées pour développer la ville permet des économies étatiques car ce qui était des prérogatives de l’Etat sont déléguées à des entreprises privées[17]. Ainsi, selon une étude de 2014 : « se pose la question du développement des réseaux électriques, de gaz, d’eau, de transport public, de véhicules privés… Dans ce cadre sont principalement prises en compte les opportunités offertes par les réseaux intelligents en matière d’optimisation des infrastructures, d’équilibrage de l’offre et de la demande, de gestion active de la demande »[18]. Au-delà donc de l’échelle micro des smart cities, globalement le gouvernement pourrait se permettre de privatiser encore plus des secteurs qui au départ étaient réservés. C’est ici le risque des augmentations de prix pour les particuliers, et de ne plus répondre aux besoins que par la loi du bénéfice dans des domaines d’utilité publique.

Ainsi, pour le pouvoir central, valider les dynamiques représentées par les Smart Cities permettent de faire des économies et de renforcer un pouvoir sécuritaire de plus en plus présent, sans que la population puisse se constituer directement comme contre-pouvoir. L’exemple du crédit social en Chine[19]est un bon exemple : de nombreux citoyens se retrouvent à ne plus pouvoir vivre correctement, et être entravés dans des nombreuses libertés par des critères flous.

POUR LES ADMINISTRATIONS LOCALES : LA COURSE À LA VISIBILITÉ

Du point de vue des villes, la stratégie des smart cities peut être différente : économiquement et politiquement, d’autres enjeux entrent dans la balance.

Premièrement, au même titre que l’État centralisé, le financement des projets de la ville étant problématique, l’appel au fond privé est nécessaire. Confondre les intérêts du secteur public et privé n’est plus simplement une éventualité : le capital privé est nécessaire et indispensable pour les villes [20]. Cependant, les entreprises participantes, qui, par définition, sont présentes pour le bénéfice qu’elles vont en retirer, vont faire perdre de vue la mission de bien commun[21]. En écartant ces considérations de biens communs, et en laissant les mains libres aux entreprises, la smart city pourrait accepter d’emblée, « sans discussions critiques appropriées, sans « politique » organisatrice, et sans considérations des différentes idées et positions » les intérêts des acteurs privés.[22]

Par ailleurs, les villes se doivent également d’apparaitre comme moderne pour attirer les touristes et les investisseurs. Comme le prouve une étude de 2018[23], les villes se doivent d’être des « marques », avec une identité particulière pour attirer.

En France, il est même possible de faire des comparatifs de villes selon les critères des Smart Cities pour voir ou ces dernières sont classées.

Il y a même des critères à respecter pour devenir Smart, qu’on appelle « dimensions et indicateurs » du Classement de Vienne[24], et qui vont permettre aux villes de se faire remarquer.

[25]

Logique avilissante pour les villes, car si elles ne suivent pas le guide à la lettre, elles seront relayées au classement mondial des villes et auront moins de prestige et d’investisseurs.

C’est d’ailleurs ce que propose le « smart shrinkage » : confrontées à un déclin avancé, certaines villes des États-Unis ont souhaité repenser les smart cities pour se redonner l’avantage[26]

Heurté par les paradigmes de croissance que ces villes ne touchaient plus, et par le tournant libéral qu’elles n’ont pas pris assez vite, tout un pan de la littérature économique américaine s’arrange pour leur trouver des solutions. 

Les smart cities et les villes-marques sont donc un point capital pour attirer les investisseurs comme les touristes. Les décideurs politiques ont donc un intérêt accru à les développer. Sans compter qu’il en va dans leurs intérêts de faire campagne et utiliser cette idée de « nouvelle ville », de « renouveau », afin de gagner des électeurs. Aujourd’hui des carrières politiques entières se basent sur cet argument, c’est le cas par exemple de Narendra Modi, le premier ministre du parti nationaliste hindou au pouvoir en 2018. 

Tout porte donc à penser que cette dynamique pour les villes ne va que s’intensifier, à commencer d’abord par les grandes métropoles pour toucher ensuite les plus petites villes. En effet, que ce soit pour les intérêts économiques de la ville (la visibilité, les investissements et la reconnaissance), comme pour les intérêts privés des décideurs (la couverture moderne des Smart Cities), le choix des politiques va se porter de plus en plus sur la technologie et le modèle des smart cities.

B-  QUELS INTÉRÊTS POUR LES ENTREPRISES ?

Il serait utopiste de penser que les entreprises peuvent avoir un autre but que celui de faire du profit, il en va donc de même dans les Smart Cities. Il ne faut pas oublier ici que c’est une entreprise, IBM qui a popularisé le concept des Smart Cities dans les années 90’.

Pourquoi un grand nombre d’entre elles choisissent d’investir dans ces domaines ? Car il rapporte et beaucoup. Des études[27]  montrent d’ailleurs que c’est une excellente voie pour elle : moins couteuses en recherche et développement, plus de débouchés dans les marchés proposés, sur un domaine très peu régulé par les États, le bénéfice potentiel est considérable. Les secteurs associés sont nombreux : sécurité, transport, énergie, gestion des déchets, environnement, construction des habitats, sont tous des tournants : pour la plupart ils étaient du domaine de l’Etat et se privatise. C’est donc autant de nouveaux marchés que de nouvelles perspectives où les « usagers » nouvellement devenus « consommateurs » devront payer le prix de cette transition.

A des problèmesa prioripublics va se substituer une solution libérale privée [28] : si un habitant rencontre un souci dans l’urbanisme, la gestion des déchets, si l’état défaillant ne peut pas mettre une alternative viable en place, c’est au tour du privé de s’en occuper, et le consommateur (et plus l’État) devra payer. Dans une décennie de déréglementation où l’État apparait comme indigents dès qu’il s’agit de services publics nécessaires à la vie des citoyens, ces « alternatives » privées fleurissent. 

Cependant, pour les décideurs, comme la Commission européenne ce changement est vu comme positif. Cette dernière a en effet créée une initiative appellee The European Innovation Partnership on Smart Cities and Communities (EIP-SCC), qui se félicite d’un tel revirement[29] : « it funds smart city projects where a key measure of impact is the attraction of significant private investment in the delivery of public services and a reduction in “technical and financial risks in order to give confidence to investors for investing in large scale replication” so that eventually “private capital can take over further investments at low technical and financial risks”.». 

Les décideurs politiques ne sont donc plus dans la capacité de réguler le secteur des smart cities, voire encourage même la privatisation. Greffer en plus de tout cela des algorithmes, des automatisations afin de contrôler la population semble encore plus paradoxal.

En effet la population qui subit des pertes : l’informatisation des emplois amène à un chômage de masse, par exemple, près de 47% des emplois américains sont exposés à un risque élevé lié à l’automatisation[30], et ce sont les emplois les plus précaires qui sont touchés en premier. Le bénéfice sera donc grand pour les entreprises : moins d’employés et de salaires à régler pour des bénéfices colossaux avec ce nouveau marché. 

Les entreprises voient les Smart City comme un nouveau marché, lesquelles bénéficient de l’accompagnement de l’État. Mais c’est aussi une stratégie marketing pour elles, car depuis 2019[31], organiser l’image de la société autour des Smart City est devenue une mode et un discours (ou storytelling) qui permet de rapporter gros. En effet, après la tendance de storytelling autour de l’histoire personnel d’un dirigeant « visionnaire et novateur » (comme Steve Jobs, Elon Musk), la mode est aux « valeurs » que défend l’entreprise. Dans ce cadre, quoi de mieux que de présenter la firme comme une aide intelligente, et créative dans les Smart Cities ? La présentation bienveillante d’une marque par vernis publicitaire bien marqueté renforce la perception positive de l’entreprise, et les consommateurs se dirigeront naturellement vers elle.

Il est donc clair qu’il y a ici des intérêts économiques et politiques très importants pour les smart cities, mais qu’il faut compléter cette étude par une analyse structurelle du phénomène. 

II-       ANALYSE STRUCTURELLE

Si comme nous l’avons vu précédemment, le niveau macro comme micro comportent de nombreux risques, ces violences s’inscrivent également dans un cadre structurel important (A) qui entraine un faux consentement de la part des populations (B).

A-  L’ALIENATION DES SMART CITIES

Foucault, Bentham, Heidegger et Weber, autant d’auteurs contemporains qui avaient déjà mis des mots sur le problème structurel d’un État et d’une économie qui s’appuie sur des biais systémiques comme les Smart Cities pour étendre son pouvoir sur les citoyens.

Les Smart Cities montrent bien que quelque chose à changer sur la façon de concevoir l’autorité, et c’est bien une redéfinition du pouvoir qui s’établie. Des chercheurs relèvent que la substance de ce que constitue le pouvoir a changé : on ne parle plus « gouvernementalité évanescente mais omniprésente et omnisciente, dépourvue de centres, de sujets, d’intentionnalités, à l’image du « biopouvoir » foucaldien fondé sur le panoptique et la surveillance disciplinaire intériorisée ou des « sociétés de contrôle » deleuziennes, « post-panoptiques » et « liquides » basées sur « le contrôle continu » et miniaturisé[32] ». Les Smart Cities rentrent dans le nouveau paradigme de ce pouvoir : sans but précis (entre logique sécuritaire des Etats et boulimie de DATA pour les entreprises), elles deviennent omniprésentes et incontournable pour les citoyens, qui se voient surveillés et monitorés au quotidien. 

La question suivante est de se demande au profit de qui se fait cette surveillance ? Le parallèle avec le panoptisme de Bentham est intéressant : selon la même étude « nous assistons à l’avènement d’un panoptisme horizontal où tout le monde se surveille, se contrôle, se juge et se jauge sans surveillant général. Certains penseurs parlent de « panoptisme participatif » ou d’«omnioptique», d’autres de «canoptique» pour designer ce modèle de « surveillance » dans lequel le plus grand nombre observe et voit le plus grand nombre sans aucune autorité́ centrale »[33]. Sachant que la Smart City ne va que renforcer cette dynamique, à quoi s’attendre dans quelques années ? Dans Surveiller et Punir, Foucault explique que c’est précisément le fait d’induire « chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité » qui « assure le fonctionnement automatique du pouvoir », ce dernier n’ayant plus les moyens pour se rebeller. 

Avec l’avènement de cette société de contrôle, à laquelle la Smart City participe directement, il n’y a plus de fin au monitoring : dans la rue la reconnaissance facile suit la personne, tout comme son téléphone et sa montre, et à la maison c’est l’identité numérique qui prend le pas sur la vie privée. Comment être sûr de ce qui est fait des données de cette surveillance ? Des recherches montrent son potentiel néfaste[34] : une personne fréquentant régulièrement des bars LGBT sera catalogué comme gay, des affiliations à des groupes sociaux ou politiques pourront également être faits. De quelles façons vont être utilisées ces informations ? Personne pour l’instant ne peut le prédire.

Mais cette surveillance va plus loin : Harcourt évoque par exemple le double numérique plus fiable que sa propre personne[35] : avec toutes les informations numériques recueillies sur quelqu’un, il sera possible de produire d’elle un « double numérique », plus fiable que la personne physique, avec ses réactions conscientes et inconscientes. Ainsi, la société Axciom a pour l’instant une liste de 500 millions de consommateurs, et sur chacun environ 1500 données pour les « recréer »[36]. Le double numérique permet de comprendre les besoins et préférences des consommateur et proposer de façon proactive des besoins et des services. Harcourt explique également que des banques pourraient également s’en servir pour savoir si les prospects seront ou pas en mesure de rembourser leur crédit. Le futur ne sera que prévisions, chiffres et data, sans que l’individu n’aie aucun contrôle dessus. Si cette idée se développe, un employeur pourrait également s’en servir pour tout connaître de son futur employé (maladie, sexualité, besoins, désirs). A quand alors un site de rencontre qui fera au préalable, des recherches sur les choses inavouables de son futur partenaire ? Ou d’autres dérives, comme une personne malveillante rachète toutes ces informations, incluant votre historique d’ordinateur afin de vous exposer. Il faut donc ici s’imaginer un monde où il n’est plus possible de porter un masque social pour se protéger, mais où tout pourra être connu par quelqu’un à partir du moment où il pourra y mettre le prix. 

Les villes intelligentes entrent pleinement dans l’essence de la technique moderne qui est un moment de l’Histoire d’après Heidegger. On passe d’une consommation énergétique passive à un écosystème urbain intelligent, selon Claude Rochet, capable de gérer en temps réel – de manière centralisée ou décentralisée selon le type d’énergie – la production, le stockage et la consommation d’énergie : le réel devient, grâce à la technique une ressource manipulable. En fait, il faut comprendre à travers cela qu’un risque est créé : celui de vivre soumis aux systèmes que nous avons créés et donc soumis à la technique. Comme le rappelle Claude Rochet, le réel devient alors notre propre produit, manipulable. Avec justesse, lors du festival sur la géopolitique de Grenoble, il demandait si finalement nous n’étions pas enfermés dans des algorithmes… 

On voit donc que la question s’est déplacée de « comment / par qui » à « jusqu’où » ira ce contrôle ? Aucun domaine n’est laissé pour compte avec la Smart City, ni la vie privée, ni le domicile, ni la rue ne sont épargnés. A ce monitoring global, le travail n’est pas laissé de côté. Par exemple, pendant le période de confinement dû au Coronavirus, le télétravail a été vu comme nécessaire. Or, il ouvre un nouveau pan de contrôle : il va « renforcer « l’individualisation, voire l’atomisation du travail », favorise la « coordination » (dimension fonctionnelle) plutôt que la « solidarité́ » (dimension socio symbolique) et gomme les « médiations ». [37]».

Comme il est possible pour un employeur d’épier les pics d’utilisation des ordinateurs de ses employés, la « vie connectée » promise par la Smart City permettra elle aussi l’emprise et la domination d’une élite sur la masse. Les procédées technologiques, financés et développés par ces puissances ne sont pas du côté du travailleur, du citoyen, ou de la population. Au contraire ils accélèrent encore plus la domination et le quadrillage des dominants sur les subalternes.

Georgio Agamben, philosophe italien défini ainsi l’aliénation comme étant « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants »[38]. Comment donc ne pas voir que ces nouvelles technologies participent à une aliénation quotidienne ? Des usines à troll russes[39]aux rôles des algorithmes de Facebook pendant les dernières élections présidentielles américaines[40], notre aliénation à la technologie ne fait plus de doute, comment donc ne pas craindre ces nouvelles formes avec les procédés de la Smart City ?

Se dessine alors un monde de réseaux contrôlables et contrôlés, où les individus seront forcés à participer par faute d’alternative, ou les relations humaines se verront dénaturées par le numérique, et c’est cette société que semble promouvoir la Smart City.

B-  LE RÔLE DE L’IMAGINAIRE POUR ARRACHER LE CONSENTEMENT DE LA POPULATION

Naturellement, vient ensuite la question de notre participation, dans la vie quotidienne à cette aliénation : sommes-nous consentants ?

Prenons un exemple : l’exclusion sociale numérique. Les personnes n’ayant pas accès à internet ne pourront plus s’informer et avoir accès aux services de base[41]. Les smart cities accélèrent le processus d’inégalité sociale : « l’utilisation invasive des technologies digitales dans tous les secteurs, pourrait être l’une des raisons expliquant le gouffre croissant entre les différentes classes de revenus de la société́ »[42]. Et cela, sans compter les multiples violations aux droits à la vie privée, aux nuisances électromagnétiques, et au bilan écologique négatif. Dans une analyse marxiste, la Smart City, c’est donc la gentrification programmée des quartiers, au profit des plus riches, alors que les couches les plus pauvres se verront toujours précarisées et marginalisées, économiquement comme technologiquement, alors que le pouvoir de l’État se retrouve de facto grandit. 

Quel est ici notre participation ? Pouvons-nous en téléchargeant une application plutôt qu’aller à un guichet, dire que nous sommes d’accord pour ces conséquences ? Quel est notre participation à un débat démocratique sur ces sujets ? C’est ici l’effet le plus pervers du développement technologique comme les smart cities, piégeons-nous nous-mêmes en achetant certaines marchandises ou en utilisant certains services ? S’il est difficile de s’en rendre compte avec l’offre des Smart Cities, il est plus facile de s’en rendre compte en comparant avec ce qui est déjà existant sur le marché. 

Aujourd’hui, acheter un portable (ou « smartphone » en anglais) ou une montre connectée (ou « smartwatch ») c’est répondre à une mode, à une envie et un besoin savamment orchestré par des publicités toujours à la pointe de la neuroscience et de la neurobiologie pour nous donner envie. Quel est notre part de consentement personnel dans tout cela ? S’il y a quelques années (voire décennies) acheter un portable relevait d’un gadget pas forcément utile (rappelons qu’à ce moment le portable n’avait que deux utilités : appeler et envoyer des SMS à des prix exorbitants), qu’en dire aujourd’hui ? Est-il possible pour la majorité de la population active de ne pas avoir de portable quand il a autant de fonctionnalités ? C’est impossible, du réveil à la fonction de sociabilisation par le biais du téléphone, il est indispensable. Comment alors, ne pas répondre aux sirènes du marketing et acheter ce qui apparait comme « le meilleur » ? C’est impossible. 

C’est a priorile même phénomène qui va apparaitre avec la Smart City : si au départ il s’agit d’un gadget à la mode, d’une promesse de modernité et de technologie mis en œuvre par un marketing bien rodé, elle pourra devenir par la suite indispensable par les usagers. Esclave du numérique, la population vivant dans ces villes va devoir ou consentir (voire promouvoir) cette aliénation, ou être marginalisée et ne pas avoir accès à ces nouveaux services. 

Quidsi des voix se font entendre contre les dérives de ces technologies ? Il n’y a qu’à voir ce que répondent pour l’instant les industriels qui se font prendre sur le fait. Facebook revend vos données personnelles à des sociétés (rapportant au passage 22€ par utilisateur)[43] ? Mark Zuckerberg répond que c’était dans les conditions d’utilisation auxquelles vous avez consenti. La nouvelle sonnette d’Amazon que vous avez installé envoie directement les images de votre porche à la police[44] ? C’était dans les conditions de vente, vous n’aviez pas qu’à l’acheter.

Les industriels vous répondront donc « vous l’avez bien cherché » ou « vous n’aviez qu’à lire », et si jamais vous vous insurgez, « vous n’aviez qu’à pas utiliser cette application / bien / service ». En d’autres mots, tout est fait pour que le consommateur croit que la responsabilité est individuelle et sur ces épaules, qu’il n’avait qu’à mieux savoir. 

La question est donc de savoir comment est-il possible qu’aujourd’hui, les dirigeants des entreprises qui organisent ces méthodes soient complétement irresponsables ? Et pourquoi, in fine, la seule personne à qui il est fait des reproches soit le consommateur ? Alors que c’est précisément ce dernier à qui les dirigeants font subir un tel conditionnement marketing pour qu’il achète / participe à ces services (qui pourtant aujourd’hui sont souvent nécessaires et incontournables).  Pourquoi également, il semble que le mode de contestation principal pour l’instant soit individuel alors que précisément c’est le plus inefficace quand il s’agit d’attaques systémiques contre les libertés ? 

Dans cette dynamique, à quoi s’attendre quand il s’agit de développer les smart cities ? Pour répondre à cette question, il ne faut pas oublier notre propre désir d’exhibition ou comme l’explique Fabien Granjean, nous participons à une société de « participatory surveillance, de peer-to-peer monitoring ou d’interpersonal watching »[45], « où l’individu n’est plus nécessairement et seulement un sujet surveillé et inquiet de cette surveillance, mais peut aussi tenir le rôle d’un surveilleur curieux (intrusif) […], de ses pairs, voire de sa propre personne»[46]. Il ne faut donc pas sous-estimer ce désir de servitude volontaire à s’exposer, qui répond à une volonté de « conduites volontaires visant à être vu, écouté, répertorié, cité et si possible adulé »[47]. Certes, ces conduites sont organisées et orchestrées par les dirigeants de multinationales, mais il n’empêche qu’il faut se rendre compte de ce penchant d’exhibition qui participe à notre propre aliénation. 

Harcourt[48]a même comparé ce procédé à la soma, la substance qui, dans l’ouvrage d’Huxley[49], permettait de maintenir la cohésion de l’« État mondial » en rendant les individus « heureux » tout en neutralisant leur revendication. En effet, agir sur les déterminants neurologiques pour permettre le consentement, c’est le projet de cet élite dirigeante (économique et politique). D’autres auteurs ont également une théorie pour comprendre pourquoi nous nous affligeons cet exhibitionnisme liberticide : « ce qu’il y a de contradictoire dans cette société de l’exposition est son déploiement, précisément dans une phase du capitalisme contemporain qui semble exiger des individus, un engagement personnel et professionnel toujours plus intensif et sophistiqué. 

Comment expliquer en effet le temps, l’énergie et les ressources (matérielles et immatérielles) dépensés par chacun pour s’exposer alors qu’il existe simultanément une pression néolibérale, constante et omniprésente afin de gérer aux mieux notre temps et notre productivité ? L’exposition serait-elle donc une fuite, une sorte de « soupape » individuelle et collective ? En adoptant un certain wébérisme, doit-on la considérer comme une nouvelle irrationalité inhérente au capitalisme ? John Crary semble résoudre cette question par une réponse qui revêt la forme d’une métaphore qui remplit une fonction dialectique : le « maintien en éveil » des individus permettrait en quelque sorte de répondre à toutes les attentes, aussi contradictoires soient-elles »[50].

Concernant le non-consentement, une étude[51]démontre le caractère paternaliste des directives imposées aux citoyens, leur retirant le « souci » de rechercher ce qui est bon, et laissant le dernier mot à des « experts », qui pour nombre d’entre eux entrent dans des conflits d’intérêts. Ce qui amène une autre étude faite par les mêmes auteursà conclure : 

« The paradox of fostering increased choice with less meaningful participation for citizens is due to the contradictorycoming together of forms of technocratic and market- driven governancewith poorly understood and practised notions of conviviality,commoning, civic deliberation, resource sharing, trust building, and other face-to-face forms of confrontation and living that make polis and communities work ». Ils ajoutent “understanding the citizenship regime in operation within a smart city initiative needs to unpack: the “distribution of responsibility between the individual, the community, the market, and the state”;“the rights and obligations, which establish the boundaries of a political community”; and “the governing practices, including modes of citizen engagement and access to the state.” While this work has begun, including how postcolonial forms of citizenship are enacted in the Global South(Datta, 2018), there is much still to do across technologies, programs and places.”[52]

Dans les critiques néocolonialistes, les critiques liberticides et impérialistes de la Smart Cities apparaissent clairement : qualifiant cette tendance « d’utopie irréaliste et néfaste qui s’inscrit dans la filiation des pratiques d’aménagements de l’État postcolonial en partie responsables de la prolifération de quartiers pauvres mal équipés en services essentiels »[53]. En effet, les Smart Cities ne répondent pas à la nécessité d’inclusion de toute la population dans le développement, et des études relate que les principales mesures accélèrent au contraire l’inégalité entre les plus riches et les plus pauvres : « par exemple, la pose de compteurs intelligents d’eau et d’électricité joue un rôle marginal dans l’amélioration réelle des réseaux. L’introduction de ce type de compteurs, proposé par 39 villes sur 60, ne résoudra ni les problèmes d’accessibilité et de raccordement aux réseaux, ni les polémiques relatives à leur fonctionnement comme l’ont montré́ les mobilisations contre la privatisation de l’électricité à Delhi[54] ».

Il est donc clair que notre consentement aux nouvelles technologies est « arraché », que ce soit par des techniques marketing, ou par le contexte systémique et structurel de celui-ci.  Pourtant, c’est toujours le consommateur, ou l’usager qui en assume les conséquences, et qui est, in fine, culpabilisé. De par la nature confidentielle des contrats entre les entreprises privées et les mairies, il est très difficile de connaitre précisément ce qu’implique au quotidien les smart cities, même si les exemples connus sont effrayants. Quoiqu’il arrive, l’utilisation des smart cities, sa démocratisation et sa normalisation rentrent dans un cadre structurel néfaste pour la population, qui n’a pas (encore) les moyens pour se défendre.

Conclusion : passer de la résignation à la réappropriation populaire

Après ce constant édifiant, l’heure est souvent à la résignation, à se dire qu’il sera impossible de changer les choses. Cette conclusion n’ira pas dans le sens d’une utopie optimiste qui contrecarrerait tout ce qui a été dit précédemment, mais de relever que certains citoyens ont mis en place des techniques initiatives, des petits gestes, pour sortir de la technocratie. Olivier Tesquet relève par exemple les techniques utilisés par les militants d’Hong-Kong contre le régime nippon pour affronter le régime[55]. Ces dernières sont souvent des victoires à la Pyrrhus. 

Cependant, dans ce combat de David contre Goliath, des auteurs ont pensé à des solutions.

La première est la démocratie participative [56] : en relevant le rôle des médias numériques pendant le printemps arabe et en Ukraine en 2014 lors des manifestation de la place Euromaïdan, les contestataires ont conduit le peuple à s’investir dans la lutte. En Occident, il y a un fleurissement des micro-pouvoirs indépendants, qui challengent sans répit ces atteintes démocratiques, et instaurent une logique « citoyenne de défiance », en s’orientant autant de « la surveillance de ceux qui nous surveillent », de vigilance, de dénonciation.

Également apparait la nécessité de créer un consentement collectif grâce à la Smart City, en effet, si elle est réappropriée par les citoyens, ce lieu pourrait être une ouverture géographique vers une transition démocratique. Dans cette période liberticide et sécuritaire, d’urgence pour nos libertés, la fracture entre l’élite des décideurs et la masse des citoyens (ou subalternes pour reprendre le terme de Remy Bachand), pourrait amener à une discussion structurelle du rôle du pouvoir. Cela nécessite un fort engagement des sociétés civiles et une cohésion citoyenne important pour contrer ces libertés s’amenuisent.

Dans une perspective marxiste, certains auteurs[57]ont pensé à instaurer « un droit à » pour défendre les citoyens : droits à la smart city, ou droit à la ville digitale, incluant l’obligation d’inclure toute la population dans les choix. Ce droit permettrait un changement systémique car ce sont les intérêts des citoyens qui seraient en première ligne, et ce sont eux qui devraient prendre les décisions et directives importantes.

Enfin, de nombreux chercheurs s’accordent sur le fait qu’en premier lieu il faut repolitiser ces questions[58]. Pendant trop longtemps, les décideurs se sont cachés derrière des arguments fallacieux comme la technocratie ou bien le fait qu’il soit matériellement impossible d’organiser une démocratie participative à grande échelle. L’utilisation de la technologie par et pour la population pourrait donc être un tremplin vers une société plus démocratique, à la condition de la réappropriation par les citoyens.

Exposer, proposer et politiser[59]semblent donc être les maîtres mots pour un changement démocratique.


[1]Foucault, M. 28 mars 1973, La société punitive, Leçon au collège de France 

[2]Bril, M. Un jour nous vivrons dans des villes intelligentes, Mondes sociaux, 1er décembre 2016

[3]amsterdamsmartcity.com

[4]  Meijer, A. and Bolívar, M., 2016. La gouvernance des villes intelligentes. Analyse de la littérature sur la gouvernance urbaine intelligente. Revue Internationale des Sciences Administratives, 82(2), p.419.

[5]Supra, p 419.

[6]Supra, p 422.

[7]Bellot, L., 2017. De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city Rapport au Premier ministre confié à : Luc Belot, député de Maine-et-Loire. Rapporteure : Mathilde Ravanel-Vassy, inspectrice des finances.

[8]Côme, T., Magne, S. and Steyer, A., 2018. Être ou ne pas être une smart city : une étude empirique des innovations valorisées sur le site web des villes. Gestion et management public, 7/n°2(4), p.94.

[9]Supra, p73.

[10]Hobbes, T., 1651. Leviathan. Ancient Wisdom Publicatio.

[11]Gros, F., 2019. Désobéir. [Paris]: Flammarion.

[12]Foucault, M., 1975. Surveiller Et Punir. Gallimard.

[13]Tesquet, O., 2020. A La Trace. 1st ed. Premier Parallèle, Partie I Contrôler, Chapitre 2: le fichage de l’identité au profil.

[14]Paris D, et Morel-à-l’Huissier P, 17 octobre 2018, rapport d’information sur les fichiers mis à disposition des forces de sécurité

[15]Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture et NETEXPLO, 2019,  Smart Cities : choix de société pour 2030, p.41

[16]http://www.attali-associes.com

[17]Attour, A. and Rallet, A., 2014. Le rôle des territoires dans le développement des systèmes trans-sectoriels d’innovation locaux : le cas des smart cities. Innovations, 43(1), p.253.

[18]Supra, p. 253

[19]Raphael, R. and Xi, L., 2019. Quand L’État Organise La Notation De Ses Citoyens Bons Et Mauvais Chinois. [online] Le monde diplomatique. Available at: <https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/RAPHAEL/59403&gt; [Accessed 3 April 2020].

[20]Hollands, R. G. (2008). Will the real smart city please stand up ? Intelligent, progressive or entrepreneurial ? City, 12(3), 303-320.

[21]Swyngedouw, E. (2007). Impossible ‘sustainability’ and the postpolitical condition. The sustainable development paradox: Urban political economy in the United States and Europe

[22]Catney, P., & Doyle, T. (2011). The welfare of now and the green (post) politics of the future. Critical Social Policy

[23]Côme, T., Magne, S. and Steyer, A., 2018. Être ou ne pas être une smart city : une étude empirique des innovations valorisées sur le site web des villes. Gestion et management public, 7/n°2(4), p.94.

[24]Classement de Vienne ou classement Mercer, disponible sur https://www.mercer.fr

[25]Les deux images sont tirées de Côme, T., Magne, S. and Steyer, A., 2018. Être ou ne pas être une smart city : une étude empirique des innovations valorisées sur le site web des villes. Gestion et management public, 7/n°2(4), p.76 & 82.

[26]Vincent Béal et al., « De quoi le « smart shrinkage » est-il le nom ? Les ambiguïtés des politiques de décroissance planifiée dans les villes américaines », Géographie, économie, société 2016/2 (Vol. 18), p. 211-234.

[27]Söderström, O., Paasche, T., & Klauser, F. (2014), Smart cities as corporate storytelling. City, 18(3), 307-320 et Willis, K.,& Aurigi, A. (2017). Digital and Smart Cities. London: Routledge.

[28]Shelton, T., Zook, M., & Wiig, A. (2015). The ‘actually existing smart city’. Cambridge Journal of Regions, Economy and Society, 8, 13–25.

[29]European Commission (2016) Horizon 2020 Work Programme 2016-2017. Cross-cutting activities (Focus Areas) No. 17. https://ec.europa.eu/research/participants/data/ref/h2020/wp/2016_2017/main/h2020- wp1617-focus_en.pdf

[30]Frey, C., & Osborne, M. (2017). The future of employment: How susceptible are jobs to computerisation?. Technological Forecasting And Social Change

[31]Boje, D., 2019. “Storytelling Organization” is Being Transformed into Discourse of “Digital Organization”. M@n@gement, 22(2), p.336.

[32]Simon BOREL, « Le panoptisme horizontal ou le panoptique inversé », tic&société [Online], Vol. 10, N° 1 | 1er semestre 2016, Online since 15 October 2016, connection on 19 April 2019. URL : http:// journals.openedition.org/ticetsociete/2029, p. 1

[33]Supra, page 2

[34]Leszczynski, A. (2017). Geoprivacy. In R. Kitchin, T. Lauriault, & M. Wilson , Understanding Spatial Media. London: Sage.

[35]Harcourt, B., 2020. La Société D’exposition. 1st ed. Seuil – La couleur des idées.

[36]Supra, p 204

[37]Simon BOREL, « Le panoptisme horizontal ou le panoptique inversé », tic&société [Online], Vol. 10, N° 1 | 1er semestre 2016, Online since 15 October 2016, connection on 19 April 2019. URL : http:// journals.openedition.org/ticetsociete/2029, p. 6

[38]Agamben G, 2007, Qu’est-ce qu’un dispositif, Payot

[39]Colin, G., 2019. « Usines À Trolls » Russes : De L’Association Patriotique Locale À L’entreprise Globale. [online] Ina. Available at: <https://larevuedesmedias.ina.fr/usines-trolls-russes-de-lassociation-patriotique-locale-lentreprise-globale&gt; [Accessed 24 March 2020].

[40]AFP, 2020. Facebook A Contribué À L’élection De Trump, Reconnaît Un Responsable. [online] Le Figaro. Available at: <https://www.lefigaro.fr/societes/facebook-a-contribue-a-l-election-de-trump-reconnait-un-responsable-20200108&gt; [Accessed 24 March 2020].

[41]Marciniak. K., Mieczysław L. (2015).Knowledge Management as Foundation of Smart University. Proceedings of the 2013 Federated Conference on Computer Science and Information Systems pp. 1255–1260. En ligne https://pdfs.semanticscholar.org/70f1/d71228d04bcb180544d2cc53e3bc7653d510.pd f

[42]Wolcott, R.C. (2018). How Automation Will Change Work, Purpose, and Meaning. The Harvard Business Review. En ligne https://hbr.org/2018/01/how-automation-will- change-work-purpose-and-meaning

[43]Guillemoles, A., 2019. Facebook Et Google, Géants De La Vente De Données Personnelles. [online] La Croix. Available at: <https://www.la-croix.com/Economie/Economie-et-entreprises/Facebook-Google-geants-vente-donnees-personnelles-2019-12-29-1201068909&gt; [Accessed 25 March 2020].

[44]Tual, M., 2019. Visiophones Ring D’Amazon : Les Partenariats Avec La Police Américaine Inquiètent. [online] Le monde. Available at: <https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/08/30/visiophones-ring-d-amazon-les-partenariats-avec-la-police-americaine-inquietent_5504730_4408996.html&gt; [Accessed 25 March 2020].

[45]GRANJON F., 2011, « De quelques pathologies sociales de l’individualité numérique : Exposition de soi et autoréification sur les sites de réseaux sociaux », Réseaux, n° 16, pp. 75-103.

[46]Supra, p 79.

[47]JAURÉGUIBERRY F., 2011, « L’Exposition de soi sur Internet : Un souci d’être au-delà du paraître », in N. AUBERT et C. HAROCHE, Les Tyrannies de la visibilité : Être visible pour exister ?, Toulouse, Érès, pp. 131-144.

[48]Harcourt, B., 2020. La Société D’exposition. 1st ed. Seuil – La couleur des idées.

[49]Huxley, A., 1932. Le Meilleur Des Mondes. Paris.

[50]Pele, A., 2017. Le pouvoir à l’ère digitale : la « société de l’exposition », réflexion autour de Exposed de Bernard E. Harcourt. International Journal of Digital and Data Law, 2017- Vol 3, p.29. et 20 J. CRARY, 24/7. Le Capitalisme à l’assaut du sommeil, trad. de Grégoire Chamayou, Paris, La Découverte, 2014.

[51]Kitchin, R., Cardullo, P. and Di Feliciantonio, C., 2018. Citizenship, Justice and the Right to the Smart City. The programmable City, Emerald Publishing, p.11.

[52]Cardullo, P., & Kitchin, R. (2018b). Smart urbanism and smart citizenship: The neoliberal

logic of ‘citizen-focused’ smart cities in Europe. Environment and Planning C: Politics

and Space,

[53]Khan, S., Taraporevala, P. and Zérah, M., 2018. Les villes intelligentes indiennes : défis communs et diversification des trajectoires. Flux, 114(4), p.86.

[54]Zérah, M.-H., Criqui L., Dementhon T., 2012, Monographie sur l’énergie à Delhi, Document de travail, New Delhi: Centre de Sciences Humaines.

[55]Tesquet, O., 2020. A La Trace. 1st ed. Premier Parallèle, Partie IV, se recomposer

[56]Simon BOREL, « Le panoptisme horizontal ou le panoptique inversé », tic&société [Online], Vol. 10, N° 1 | 1er semestre 2016, Online since 15 October 2016, connection on 19 April 2019. URL : http:// journals.openedition.org/ticetsociete/2029, p. 7

[57]Kitchin, R., Cardullo, P. and Di Feliciantonio, C., 2018. Citizenship, Justice and the Right to the Smart City. The programmable City, Emerald Publishing, p.17.

[58]Supra, p.20

[59]Marcuse, P. (2012). Whose right(s) to what city. In N. Brenner, P. Marcuse, & M. Mayer (Eds.), Cities for people not for profit: Critical urban theory and the right to the city (pp. 24-41). London: Routledge.